L'auteur
Vingt-deux ans, et vingt ans de notes
Michel Étienne Descourtilz arrive à Saint-Domingue en 1799, médecin chirurgien de vingt-deux ans, au milieu de la révolution qui va faire d'Haïti le premier État noir indépendant. Il y observe, collecte, interroge. L'ouvrage qui en résulte paraît de 1821 à 1829, en huit volumes, sous deux titres successifs : Flore médicale des Antilles pour les trois premiers tomes, Flore pittoresque et médicale des Antilles à partir du quatrième.
Les six cents planches sont peintes par son fils, Jean-Théodore Descourtilz, alors adolescent, qui deviendra l'un des grands illustrateurs ornithologiques du Brésil. Elles sont gravées puis coloriées à la main, planche par planche, exemplaire par exemplaire.
Ses contemporains le jugent « indispensable sous le rapport botanique et surtout sous celui de la médecine ». Réédité dès 1833, l'ouvrage est aujourd'hui entièrement numérisé et dans le domaine public.
Structure
Neuf rubriques, et deux d'entre elles ne se parlent pas
Chaque espèce reçoit le même gabarit, répété six cents fois : caractères génériques, caractères particuliers, caractères physiques, histoire naturelle, analyse chimique, propriétés médicinales, mode d'administration, explication de la planche. Et pour les espèces toxiques, deux rubriques supplémentaires : propriétés délétères, puis secours et antidotes.
Regardez de près ce que fait cette architecture. « Propriétés médicinales » consigne l'usage — ce que les praticiens, les habitants, les esclaves affirment de la plante. « Analyse chimique » rapporte ce que l'expérience du laboratoire en dit, avec les moyens de 1821. Les deux rubriques sont voisines et distinctes. Elles ne se corrigent pas l'une l'autre, elles cohabitent.
C'est exactement le double registre de ce site : sa tradisyon di, sa lasyans di. Nous l'avons adopté comme règle éditoriale sans savoir qu'il avait deux siècles, et qu'il était déjà l'ossature du plus grand relevé de la pharmacopée antillaise.
Les unités
Pourquoi une dose de 1821 ne se convertit pas proprement
Les doses de l'ouvrage sont comptées en onces, en gros, en pouces. Ces unités appartiennent au poids de marc, le système d'avant la Révolution : l'once y vaut environ 30,6 grammes, le gros environ 3,8 grammes, le pouce environ 2,7 centimètres.
Le problème, c'est que la France de 1821 est officiellement métrique depuis vingt ans, et que les apothicaires continuent pourtant de compter en onces. Une dose lue dans ce livre est donc datée d'un moment de transition, écrite dans un système en voie d'abandon, et transposée dans des colonies où les usages locaux se mêlaient aux usages métropolitains. Le chiffre est réel ; sa conversion est approximative.
Ajoutez-y le reste : aucune standardisation de la matière première, aucune notion de teneur en principe actif, aucun contrôle de l'espèce employée sous un nom vernaculaire souvent partagé par plusieurs plantes. Une dose de 1821 renseigne sur une pratique. Elle ne renseigne pas sur ce qu'il faudrait prendre.
Les poisons
« Propriétés délétères », « Secours et antidotes »
Les deux rubriques réservées aux plantes toxiques méritent d'être signalées, parce qu'elles disent une intention. Descourtilz ne se contente pas de classer une plante comme dangereuse : il décrit l'effet du poison, puis ce qu'on tentait pour y remédier.
Le mancenillier occupe naturellement cette place — l'arbre dont le latex brûle la peau et dont le fruit ressemble à une pomme. Et l'ouvrage documente les secours de son temps, qui sont ceux d'une médecine sans antidote : provoquer le vomissement, apaiser, attendre.
Ces pages sont précieuses et absolument inexploitables. Précieuses parce qu'elles conservent la mémoire de ce qu'on croyait efficace ; inexploitables parce que les secours de 1821 sont, dans plusieurs cas, plus dangereux que le poison. C'est la raison pour laquelle zebapik documente les plantes dangereuses pour en avertir et jamais pour en prescrire quoi que ce soit — pas même le remède.
Ce qu'on en tire
Les planches d'abord, les formules par petits lots
Deux usages, de coûts et de risques très différents. Les six cents planches sont dans le domaine public, magnifiques, et sans aucun piège éditorial : elles illustrent. Les formules demandent un cadrage à chaque entrée, et ne peuvent vivre que dans un dossier, marquées non reproductibles.
Les espèces déjà présentes dans ce grimoire et figurées par Descourtilz forment le point de départ naturel : la quassie amère, le roucouyer, l'abricotier des Antilles, le papayer commun, l'ananas conique, le mancenillier, le manioc, le gaïac. Le premier tome à lui seul en aligne une bonne dizaine.
Une transcription n'entrera ici qu'à la lecture du fac-similé, avec son tome et sa planche. Pas depuis un index, pas depuis une reconnaissance de caractères, pas de mémoire. C'est plus lent, et c'est la seule manière de tenir « sourcer ou taire » sur un texte de deux siècles.