Le texte
Une liste, une date
L'arrêté du 26 décembre 1988 fixe la liste des espèces végétales protégées en région Martinique. Y figurer signifie une chose simple : on ne prélève pas dans la nature. Ni l'écorce, ni le bois, ni l'arbre entier.
Plusieurs plantes documentées ici y sont inscrites, chacune pour un usage qui a fait sa réputation — et sa rareté. Le mabi (Colubrina elliptica) pour sa boisson d'écorce. Le gaïac (Guaiacum officinale) pour son bois-remède. Le bois cannelle (Canella winterana) pour son écorce-épice. Le mûrier-pays (Maclura tinctoria) pour son bois jaune tinctorial. L'acomat (Sideroxylon foetidissimum) pour son bois de fer imputrescible.
Le paradoxe
Aimé jusqu'à la rareté
Le fil rouge de cette liste, c'est un paradoxe. Ces arbres ne sont pas menacés parce qu'on les a négligés, mais parce qu'on les a trop aimés. L'acomat était si durable qu'on en a fait tous les ouvrages qui devaient tenir — ponts, moulins, bateaux —, au point que les gros sujets ont presque disparu. Le mûrier-pays donnait un jaune si recherché qu'on l'exportait par bateaux entiers vers l'Europe.
L'usage traditionnel n'est donc pas l'ennemi de l'arbre : c'est sa valeur qui, sans limite, l'épuise. Documenter ces gestes sans encourager la récolte, c'est exactement la ligne de crête que tient cette encyclopédie.
Nuance
Le piège des noms
Attention à une confusion. L'arrêté protège un « Bois amer » qui est Picrasma antillana. Ce n'est pas le bois amer le plus connu de la pharmacopée créole, Quassia amara, documenté par ailleurs ici : deux arbres différents pour un même nom vernaculaire. Se fier au nom créole seul peut faire croire protégé ce qui ne l'est pas — ou l'inverse.
C'est toute la valeur du binôme latin : lui seul dit exactement de quel arbre on parle, et donc quelle règle s'applique.
Aujourd'hui
Documenter, pas prélever
Pour chacun de ces arbres, la règle de cette encyclopédie est la même que pour les plantes dangereuses, mais dans l'autre sens : là, on protège l'humain de la plante ; ici, on protège la plante de l'humain. On raconte l'usage, on le source, on l'honore — et on rappelle que l'écorce se trouve désormais dans le commerce, d'origine légale, jamais au pied d'un arbre sauvage.
Le mabi refait, le bois cannelle en cuisine, le jaune du mûrier redécouvert par les teinturiers : ces gestes peuvent revivre. À condition de ne pas les payer de l'arbre qui les porte.