Sa tradisyon di
Le bâton, le chaudeau, la nourriture des dieux
Aux Antilles, le cacao se garde en bâton — le « cacao première » — qu'on râpe dans le lait chaud avec cannelle, muscade et zeste. C'est la boisson des matins et, en version riche, le chaudeau des grandes occasions : baptêmes, communions, veillées. Theobroma signifie nourriture des dieux, et le cacao n'a jamais tout à fait quitté le registre rituel où les Mésoaméricains l'avaient placé.
La tradition lui prête ce que l'on prête aux boissons chaudes qui réconfortent : elle remonte, elle soutient, elle réchauffe. Nulle part elle n'a prétendu qu'il soignait une maladie. C'est peut-être pour ça que son dossier scientifique a mieux tourné que les autres : il n'avait rien d'extravagant à démontrer.
Le texte
Ce que l'Europe a écrit noir sur blanc
Le règlement (UE) n° 851/2013 de la Commission, du 3 septembre 2013, autorise l'allégation suivante : « les flavanols de cacao aident à préserver l'élasticité des vaisseaux sanguins, ce qui contribue à une circulation sanguine normale ». Elle repose sur un avis scientifique favorable de l'EFSA rendu en juillet 2012, au titre de l'article 13, paragraphe 5, du règlement (CE) n° 1924/2006 — la voie réservée aux données scientifiques nouvellement établies.
La condition d'emploi est chiffrée, et c'est elle qui compte : l'effet bénéfique est obtenu par la consommation journalière de 200 mg de flavanols de cacao. Soit, selon le dossier du demandeur, l'équivalent de 2,5 g de poudre de cacao à haute teneur en flavanols ou de 10 g de chocolat noir préservant ces composés. Le règlement (UE) 2015/539 a étendu en 2015 l'autorisation aux extraits de cacao à forte teneur en flavanols sous forme de gélules ou de comprimés.
Détail réglementaire qui a son importance : l'allégation a d'abord été réservée à son demandeur, l'industriel belge qui avait financé le dossier, pour une durée de cinq ans, au titre de la protection des données. Une allégation de santé s'achète en études — c'est ce qui explique qu'il y en ait si peu, et qu'elles récompensent les entreprises capables d'en produire, pas les plantes les plus méritantes.
La nuance
Trois raisons de ne pas trop se réjouir
D'abord, le véhicule. Ce sont les flavanols qui sont visés, pas le chocolat : la fabrication classique, et notamment l'alcalinisation de la poudre, en détruit une bonne partie. Le chaudeau au lait concentré sucré des grandes occasions n'apporte pas les 200 mg, et le sucre qu'il apporte, lui, ne fait l'objet d'aucune allégation favorable.
Ensuite, la dose est un plancher, pas un permis. Dix grammes de chocolat noir riche en flavanols, c'est deux carrés. La logique de l'allégation n'est pas « mangez du chocolat », elle est « à partir de cette quantité de ce composé, on mesure quelque chose ».
Enfin, l'allégation elle-même est discutée — et dans le sens le plus intéressant. Un travail publié dans Phytotherapy Research a soutenu que le marqueur pertinent est l'épicatéchine, dont 200 mg de flavanols totaux n'apportent qu'environ 46 mg, et qu'il en faudrait de l'ordre de 100 mg. Autrement dit : le seuil autorisé serait trop bas. Une allégation validée reste une hypothèse en cours d'examen, pas une vérité gravée.
La comparaison
Deux dossiers, deux réponses
Mettez les deux plantes côte à côte, elles racontent le fonctionnement réel de la preuve. Le noni s'est présenté devant les mêmes institutions : il a obtenu le droit d'être vendu comme aliment, et le comité scientifique a noté que rien ne prouvait un bénéfice supérieur aux autres jus de fruits. Le cacao s'est présenté avec une vingtaine d'études sur un effet précis, mesurable, modeste — et il a obtenu une phrase.
La différence n'est pas que l'un serait une plante noble et l'autre une imposture. La différence est la taille de la promesse. Le noni promettait tout ; le cacao promettait la souplesse des vaisseaux à partir de 200 mg par jour. Le second était vérifiable. C'est toute la méthode : plus une allégation est petite et précise, plus elle a de chances d'être vraie.
Il y a une conséquence directe pour le grimoire. Quand une fiche dit « ce n'est pas démontré », ce n'est pas une posture d'incrédulité : c'est le résultat d'une comparaison avec des cas comme celui-ci, où la démonstration a effectivement eu lieu.