Le rouge
Campêche : la couleur des laboratoires
Le bois de cœur du campêche (Haematoxylum campechianum) teint les textiles et les encres d'un rouge profond virant au violet-noir. Au point d'en faire, pendant des siècles, un enjeu commercial colonial majeur : on se battait pour le logwood du golfe du Mexique.
Ironie de l'histoire : le pigment a survécu à la mode textile. Le bois de cœur contient l'hématoxyline, colorant toujours utilisé aujourd'hui en histologie pour colorer les tissus au microscope. Le rouge des étoffes coloniales est devenu le violet des lames de laboratoire.
L'orange
Roucou : le pigment qui colore le monde
Le roucou (Bixa orellana) enferme ses graines dans une cire rouge orangé riche en bixine et norbixine, deux caroténoïdes. Les peuples d'Amérique du Sud et des Caraïbes s'en peignaient le corps — parure et bouclier contre le soleil et les insectes.
Aujourd'hui, ce même pigment porte le code E160b et colore une bonne partie de nos assiettes : la mimolette, le cheddar, le beurre, les margarines, des sauces. La bixine est liposoluble, la norbixine dispersible dans l'eau — d'où sa polyvalence. Aux Antilles, le roucou reste avant tout l'âme colorante du court-bouillon et de la graisse à roucou.
Le bleu-noir
Génipa : la couleur qui vient avec le temps
Le génipa (Genipa americana) garde un secret : son jus est incolore. Appliqué sur la peau, il s'oxyde lentement et vire au bleu-noir en quelques heures. Les peuples amérindiens l'exploitent depuis les temps précolombiens, cultivant l'arbre pour sa teinture plus que pour son fruit.
La molécule en cause, la génipine, intéresse aujourd'hui la chimie comme agent de réticulation naturel. Encore un pigment antillais qui, parti de la peinture corporelle, a trouvé une seconde vie savante.