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Recette · Confiserie

Ananas confit entier

Le fruit entier, couronne comprise, passé de sirop en sirop : la pièce montée des confitures sèches de 1722 — et, de l'aveu de Labat, « de la filasse sucrée ».

CONFISERIE
Ananas (Ananas comosus)

Ananas — VpuipV ,pemegang hak cipta

La recette

Ananas confit entier

Ce qu'il faut

  • ananas entier avec sa couronne, pelé sans l'entamer, yeux retirésNone
  • eauNone
  • sucre de canne, pour une suite de sirops de plus en plus forts puis un sirop épaisNone
  1. Peler l'ananas en laissant la couronne, retirer les yeux à la pointe du couteau. Le piquer en profondeur pour que le sirop pénètre.
  2. Le blanchir à l'eau frémissante quelques minutes, puis le mettre à tremper un jour dans l'eau fraîche, comme Labat le fait pour le gingembre et le cacao.
  3. Verser dessus un sirop léger, clarifié et chaud, sans faire bouillir le fruit dedans ; laisser vingt-quatre heures. Reprendre le sirop, le concentrer, le reverser chaud : recommencer chaque jour, « dans différents sirops pendant six jours ».
  4. Finir dans un sirop de consistance, jusqu'à ce que le fruit soit translucide jusqu'au cœur — plusieurs jours encore pour un fruit entier.
  5. Égoutter, puis sécher à l'air ou à four très doux jusqu'à ce que la surface ne colle plus : c'est la « confiture sèche » qui couronnait les pyramides. Servir en tranches.
Conservation — Sec et bien égoutté, des semaines dans une boîte fermée au sec. Le goût ne se conserve pas : il est parti dans les sirops.

Pourquoi ce geste · Sa lasyans di

Ce que la méthode garde : esters volatils de l'arôme (méthyl 2-méthylbutanoate, méthyl hexanoate) — et la broméline, l'enzyme du fruit

Sensible à chaleursolvanttempsébullition prolongée

Labat avait la bonne explication avant la chimie : ce qui fait l'odeur et le goût de l'ananas « se trouve dans son suc ». Mesuré, c'est très peu de chose — entre 0,0006 et 0,0013 % de la masse du fruit — et ce sont surtout des esters, le méthyl 2-méthylbutanoate et le méthyl hexanoate en tête (Žemlička et coll. ; Lasekan et Hussein), des molécules légères qui donnent le « frais, fruité, floral » et que la distillation à la vapeur, dit la première étude, suffit à détruire. Un confit entier, c'est six jours et plus de sirops chauds reversés chaque jour sur le fruit, puis un sirop de consistance : chaque bain tire l'eau du fruit par osmose — et le jus avec, donc l'arôme — et chaque réchauffage chasse ce qui reste de volatil. Il ne reste que la fibre et le sucre : « la filasse sucrée », au mot près. La broméline suit le même chemin : intacte à 40 °C, elle perd presque tout en huit minutes à 80 °C (Jutamongkon et Charoenrein), ce qui est d'ailleurs ce qui permet de confire sans que l'enzyme ne digère le fruit. Le seul geste qui conserverait l'arôme, c'est de ne pas chauffer et de ne pas attendre — autrement dit, de ne pas confire.

Ce que cela ne dit pas — Aucune étude ouverte ne mesure les esters d'un ananas avant et après confisage ; on sait qu'ils sont volatils et peu abondants, on a l'observation de Labat, et on raisonne entre les deux. L'ananas confit est une confiserie, du sucre à plus de la moitié ; la broméline qu'on prête à l'ananas « digestif » est détruite par le geste, et zebapik ne lui prêtait aucun effet de toute façon.

Sources du procédé

  1. 01 Žemlička et coll., Acta Chimica Slovaca 6(1), 2013Volatils 548-1 110 µg/kg, esters majoritaires ; distillation à la vapeur destructrice des substances thermolabiles
  2. 02 Lasekan & Hussein, Chemistry Central Journal 12, 2018Esters ramifiés les plus actifs de l'arôme (méthyl-2-méthylbutanoate, FD 1024) ; descripteurs sucré, floral, fruité, frais
  3. 03 Jutamongkon & Charoenrein, Agric. Nat. Resour. 44(5), 2010Broméline : 100 % à 40 °C pendant 60 min, ~83 % à 50 °C, perte quasi totale en 8 min à 80 °C

C'est la recette dont la source dit elle-même qu'elle rate. Labat écrit qu'on confit l'ananas « tout entier avec sa couronne » et qu'on en envoie quantité en Europe : « cela fait un très bel effet pour terminer une pyramide de confitures sèches, mais son goût et son odeur restent en Amérique » — parce que l'un et l'autre sont dans le suc, « et ce suc ne peut être altéré par le feu et par le sucre sans se dissiper et se perdre presque entièrement ». Il en a fait faire à la Martinique « avec tout le soin possible » et ne les a plus trouvés, en France, « que comme de la filasse sucrée ». On confisait l'ananas pour l'allure, pas pour la saveur, et tout le monde le savait. Labat ne donne pas le procédé de l'ananas lui-même : les étapes ci-dessous sont celles qu'il décrit pour les autres fruits confits (bains de sirops de plus en plus forts, sans cuisson ou presque, puis sirop de consistance), et les quantités manquent — personne de niveau 1 ou 2 ne les donne. Nous publions la recette pour ce qu'elle est : un document, et une leçon sur ce qu'un confit conserve. Le procédé, en bas, dit pourquoi le parfum s'en va.

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Archives

La formule d'époque

Transcrite depuis sa source, avec sa date et sa référence. zebapik cite ce texte pour ce qu'il est — un document. Il dit ce qu'on faisait, pas ce qu'il faut faire.

1722

L'ananas confit

Jean-Baptiste Labat · Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique · t. I, p. 135 — édition numérisée, Internet Archive (pagination d'après Tan Listwa)

On confit ce fruit tout entier avec sa couronne, & on en envoye quantité en Europe. Cela fait un très-bel effet pour terminer une piramide de confitures seches, mais son goût & son odeur restent en Amerique ; car comme l'un & l'autre se trouve dans son suc, ce suc ne peut être altéré par le feu & par le sucre sans se dissiper & se perdre presque entièrement. J'en ai apporté en France que j'avois fait faire à la Martinique avec tout le soin possible, mais qui ne me paroissoient plus que comme de la filasse sucrée en comparaison de ce qu'ils étoient avant qu'ils fussent confits.

Cuisine Cité mot pour mot Document — non reproduit voir la source

Document, pas mode d'emploi : Labat ne décrit pas le procédé de l'ananas et juge le résultat. Transcription d'après Tan Listwa (orthographe de 1722 conservée) ; à relever sur Gallica. C'est l'un des rares textes anciens qui démontent eux-mêmes le produit qu'ils décrivent — et la raison qu'il donne tient encore : ce qui sent, dans l'ananas, est dans le jus, et part avec lui.

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Sources

  1. 01 J.-B. Labat, Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique (1722), t. I p. 135 ; t. I p. 62 et t. II p. 380 (méthode des sirops)Ananas confit « tout entier avec sa couronne », envoyé en quantité en Europe ; « son goût & son odeur restent en Amerique » ; « filasse sucrée » ; procédé général : bains de sirops successifs « sans les mettre jamais sur le feu », puis « sirop de consistance »
  2. 02 Tan Listwa (J. Pierre-Louis), « Les recettes du Père Labat #5 — L'art de confire les fruits »Transcription et pagination : ananas t. I p. 135/179, cacao t. I p. 62/92 et t. II p. 380/424, gingembre t. I p. 143/393
  3. 03 Žemlička et coll., Acta Chimica Slovaca 6(1), 2013L'arôme de l'ananas pèse 0,0006 à 0,0013 % du fruit et tient surtout à des esters

Recette de registre culinaire et rituel. zebapik documente une préparation traditionnelle ; il ne prescrit pas. Règlement (CE) 1924/2006 — aucune allégation de santé.